Monument à la VIE (Pentalogie) : Introduction
Œuvre artistique et philosophique, la
Pentalogie a pour objet le rapport affectif
de l'homme moderne à son existence et au Monde. Comme son nom l'indique
c'est un ensemble de 5 pièces de statuaire dont la thématique est à enchaînement
de la 1° à la 5° et de celle-ci outre. Le plan de dispositions relatives des figures,
leur orientation de même que l'espace dans lequel elles se déploient renseignent
sur leurs dépendances ainsi que sur les étapes qu'elles caractérisent. Il s'agit
avec cette uvre de faire un Point-Pivot.
À la fois situation et tournant affectif et
spirituel, Elle se place au sein de la modernité
à l'ultime croisée de l'affect et de l'esprit dans un sens éminemment occidental.
La montée des gradins prend le
Monument à
rebours en passant par:
- la statue située au plus bas niveau interne qui est celle de la Vie
Un archer qui, décochant une flèche, symbolise par cet acte l'Agir de la vie.
-la Mort, la montrant du doigt, requiert de l'autre main le silence des trois
statues précédentes.
-la Menace qui est potentialité de destruction s'élance mais est freinée par la Mort.
-Mon Dieu, mon Dieu ! extrême du don par amour élancé vers le ciel
en la question du doute.
- l'Amour humain qui figure le repliement de l'affectivité.
-Sur la couronne externe, la rose des vents a le Nord à l'Ouest et son crantage
donne le mouvement du monument au Monde.
Cette ascension nous a mené au point de départ de
l'uvre qui est la
statue appelée 'Amour humain'. Symbolisant
l'affectivité autarcique
cette statue ne dit pas ce qu'amour veut dire, elle en dénonce simplement une limite.
Les mains caressent le corps, la jouissance est sur les lèvres mais les yeux crispés
par cette souffrance de la solitude disent la limite de cet état et amènent à :
- Mon Dieu, mon
Dieu ! . Nous allons du repliement au message et au sacrifice par amour.
Cette deuxième uvre est un crucifix figurant Jésus criant au ciel:
"Mon Dieu, mon Dieu ! pourquoi m'as-tu abandonné ?"
Jésus qui est appel à l'amour devient historiquement par cette question
le nud métaphysique absolu. À cet instant la rupture avec le suprasensible
est pour la première fois présente de manière très cryptée.
Cette statue symbolise l'humanité en perte de Dieu, en voie de dédivinisation
et entrant dans le doute comme en un élément de longue durée.
Le cursus illustré par la Pentalogie est affectif
et spirituel mais aussi de déroulement
temporel. Et plus l'uvre avance plus nous rejoignons l'actuel de l'homme de la
modernité.
Présente comme une large saignée tout au long de l'Histoire la destructivité est
symbolisée
par Menace.
Aujourd'hui nous en sommes au point où la potentialité de destruction
et d'oubli est devenue totale.
Nous voilà à l'époque du risque absolu, à l'époque du tout ou rien.
Ainsi face au péril, face à la Menace évidente et croissante est-il essentiel de
rechercher
ce qui nous appartient en propre en commençant par ce que sont devenues pour nous
la Mort et la Vie.
Le risque absolu de Menace
nous renvoie à la Mort. Celle-ci et la peur
qu'elle suscite
sont devenues la dernière barrière.
À l'époque du doute et de l'oubli ' Mort égale pour tous' est devenue l'inconnaissable
pur,
ce qui dépasse la capacité d'expérience. Dans tous les systèmes métaphysico-religieux
elle est le pivot de la conception de la vie. Sur la peur de mourir de l'individu ont
été élaborés
des systèmes de contournement à l'usage de tous et ceux-ci ont occulté le refus de
l'individu.
Cependant la mort tant pensée reste à la fois vraie et déroutante par sa présence
incontournable.
Elle est l'Inconnue-Connue.
À notre époque, Elle reprend l'individu seul à seul comme aux premiers jours de la
conscience.
La statue de la mort porte un bonnet de fou creux. Elle requiert un temps de silence et de
réflexion aux étapes précédentes et de la main gauche adresse à la Vie.
Toujours conditionnante par les forts sentiments qu'elle suscite,
elle est l'éternelle conseillère, la matrice de la vie.
Marquant cela, à l'intérieur du capuchon se trouve le négatif du visage de la dernière
statue.
Ceci est le lien dialectique qui nous amène à la cinquième étape.
Ces 4 premières statues sont orientées vers
l'intérieur de la Pentalogie et seule Vie
fait face à l'extérieur et leur tourne le dos.
De hauteur moyenne, à dimension humaine comme la mort,
Vie est image de la jeunesse toujours présente de l'esprit vivant.
Sa composition est en miroir du Zeus grec lançant la foudre qui est la figuration type
du dieu Père donnant les valeurs, ceci du haut vers le bas et de la main droite.
Vie représente un archer gaucher décochant une flèche vers le soleil
couchant.
Non parvenue au but , la flèche est l'acte dont on ne connaît pas le résultat.
De sorte que la statue symbolise l'humain moderne qui vit et agit sans avoir l'assurance
d'une destination finale. Il vit en dehors d'un cadre de projection métaphysique.
Son regard empreint de défi combiné au sourire exprime paradoxalement toute
l'incertitude
de notre position spirituelle à l'extrême pointe de notre civilisation.
Nous savons d'un immense savoir analytique, mais la synthèse nous manque
et il nous faut agir au mieux.
Cette conscience de l'absence de certitude caractérise notre être qui est défi de la
vie
aux abîmes intérieurs et extérieurs. Vie sourit sur la nécessité d'agir, joue le jeu
et est
pour cela appelée aussi le Joueur.
Le Monument à la Vie culmine en un choix qui est celui de
la vie et un regard qui est conscience
de l'appel du devenir. Son but est de replacer l'individu face à sa propre individualité
qui n'existe que dans le courage d'agir pour la connaissance et la conscience
dans cette soudure, cet Arc, entre passé et futur qu'est le présent.
Et cette flèche nous amène au projet Mesure...
Est au pas du Roi-Joueur
le Fou au creux visage
à l'index précis.
Le jeu est sage
et l'excès tue la force.Comme aux chauves-souris du Grand Parleur
le plus puissant symbole des cinq temps
aveugle de lumière.
Car amis... voyez !..
la Vie sait bien ce qu'il en est,
craint pour sa vie
et pense à la rencontre.Enfin... est-il bon de le dire?..
la vie... enjeu du Jeu,
le Roi-Joueur, son sourire et sa flèche,
le Fou-miroir....de la mort vivante,
l'Ouest et le Nord
sont une seule et même chose.Qu'y a-t-il à perdre ?
Jean-Jacques Puygybel
Note
: Ce dossier a été réalisé grâce à des clichés pris sur les lieux de
construction de la base d'exposition
(docks de Bordeaux), dans la salle centrale du Palais de la Bourse de commerce
de Bordeaux (03/1987)
et dans la salle centrale du Palais de l'Université (des Sciences Humaines) de Strasbourg
(Automne de la même année).